mardi 24 mars 2009
Help me to understand
Il y a eux, donc.
Eux, avec leur air pédant et hautain, ils vont quand même avoir un salaire plutôt correct à la fin de leurs études (de glandus) avec une progression annuelle souvent intéressante.
Alors pourquoi est-ce que moi, je suis masochiste ?
Pourquoi moi, après le bac, j'ai choisi de faire un truc immonde, spécialité française (j'ai nommé la classe prépa) dans lequel pendant 2 ans j'ai eu des 1, des 2 et des 3 sur 20 (dois-je compter mon historique -167 en anglais ? j'essaye de l'effacer de ma mémoire, il y reste, inexorablement), pendant 2 ans, on m'a dit que je n'étais peut-être pas à ma place, on m'a rendu des bulletins où j'étais reléguée au dernier rang de la classe (il m'est cependant arrivé une fois d'être classée avant-dernière), on m'a fait croire que j'étais une grosse merde.
Oui, j'ai écrit "grosse merde". Normalement, ça se dit, ça ne s'écrit pas.
Mais après ces 2 ans, on aurait pu se dire que c'était fini après tout, la perpétuelle dévalorisation, l'écrabouillement permanent. Bin non.
J'ai recommencé. A croire que j'aime penser que je suis une grosse merde.
Oui, je l'ai écrit. Normalement ça se dit, ça ne s'écrit pas.
Il doit y avoir écrit sur mon front "allez y, il faut surtout que je continue à penser que je suis une g--ss- m-r-d-. Insultez-moi 6h de suite, j'adore les samedis comme ça"
Je crois que je suis masochiste.
L'impression difficile et blessante que je ne serai jamais à la hauteur.
lundi 16 mars 2009
Souvenir de Tokyo
Je ne savais pas comment tomber au judo
(il y a un art de la chute)
Derek, ceinture noire, était censé m'apprendre à tomber.
J'ai eu mal. Très.
La langue de Barbarie
Babakar nous emmène donc jusqu’à une petite plage d’où nous montons en pirogue jusqu’à la langue de Barbarie. Une île, mais aussi un parc naturel, plein d’oiseaux.
J’ai l’impression de rêver.
Cette île est éphémère : pour soit-disant lutter contre les risques d'inondation à Saint-Louis, une brèche de 4 mètres a été ouverte le 3 octobre 2003 en plein milieu de la Langue de Barbarie. Cette brèche s'est élargie de 200 mètres en trois jours seulement ! Six mois plus tard, c'est un trou béant de 800 mètres qui laissait passer les eaux du Sénégal devenant de fait la nouvelle embouchure du fleuve...
Je m'assois tout au bout de la langue de Barbarie. Je suis pieds nus dans le sable. Tout le monde est parti se balader, je reste à écouter la mer.
Expérience de liberté.
samedi 7 mars 2009
St Louis, donc
J'arrive enfin sur l'île.
En face de moi, le syndicat d'initiative. "Bonjour, je cherche à dormir pour pas cher. Et aussi, je cherche une excursion pour demain, au parc de la langue de Barbarie ou au Djoudj" "ah oui mais pour les excursions, on les fait si on a suffisamment de monde, si vous êtes seule, vous allez payer trop cher, revenez à 18h" (il est 11h).
Je pars dans les rues, me trouver un auberge.
"Salut, ça va ?"
Un gars derrière moi.
Je suis un peu méfiante. Une touriste seule...
Bin oui ça va. "t'es là depuis longtemps ? tu restes combien de temps ? T'aimes le Sénégal"
Je réponds, rapidement mais je réponds. J'arrive vaguement à m'en débarasser au moment où je lui dis que je vais voir mon auberge, que je sais où elle se situe, que je n'ai besoin de personne. Et là il me dit qu'il est sculpteur, que sa boutique et juste là et que... bon ok, j'enregistre, je repasserai - peut-être. Il me lâche.
Premier exemple. TOUS les Sénégalais sont comme ça. Au bout d'un moment c'est très lourd.
Je marche. 2 mètres plus loin, ça recommence, avec un autre.
"Salut, ça va ?"
Mais lâchez moi... jsuis crevée, je cherche une auberge pour poser mes affaires et aller déjeuner tranquillou.
"Nan mais si tu vas dans cette auberge, c'est pas top, tu vas être dans un dortoir, alors que moi je connais un lieu où t'auras une chambre seule..."
J'en ai marre, j'accepte, je le suis.
J'arrive dans une petite cour, il n'y a même pas écrit que c'est un hôtel. Je suis sceptique, il s'en rend compte. "Regarde, il y a d'autres touristes, ils sont contents". Bon, c'est vrai. Et puis j'ai une chambre seule avec "salle de bain" (très sommaire). Et puis c'est 10000francs cfa avec petit déj (=15 euros, plus tard, j'ai appris à avoir des chambres encore plus luxueuses à 5000 francs. Mais c'est le premier jour...). Allez, j'accepte.
Il continue à me parler, là je lui dis "tu peux me laisser seule maintenant s'il te plait ?". Il s'en va.
En fait les Sénégalais sont lourds, mais vraiment pas méchants. Quand on leur fait comprendre, ils s'en vont. Ils sont gentils, ils cherchent juste à gagner un peu de sous.
Et je pars me trouver un resto, et visiter mon île.
C'est chouette. Il fait beau, je suis tranquille.
Je m'asseois sur un banc face à la mer, devant les pêcheurs. Je fais une micro sieste. Jsuis bien.
Je sors mon journal, ma trousse.
Malheur.
Des jeunes filles : "donne nous tes stylos, donne des stylos"
Bon, je suis Française, j'ai plein de stylos. Allez, j'en lâche un. "moi aussi moi aussi". J'en offre un deuxième. "Et moi, et moi". Euh non, là les mignonnes, mes stylos plumes, je les garde. "Allez allez". Bin non, je veux écrire mon journal !
"Je te hais"
Ah bin là ma chérie, tu peux être sûre que je ne vais rien te donner.
J'écris.
Pleins de jeunes filles m'entourent. En fait, je suis devant l'école privée de l'île, elles ont bientôt cours. Au début, j'ai l'impression qu'elles se moquent de moi. Et puis on papote. Une heure.
"Toi tu es une blanche gentille, les autres sont pas sympas. Ils viennent juste sur la plage pour bronzer et ils ne nous parlent pas".
...
La vie, c'est tout d'abord des rencontres.
...
Je termine mon tour de l'île. Je suis devant le syndicat d'initiative. J'y retourne. "Non, il n'y a toujours personne pour les excursions, je vous avais dit demain". J'y croise un touriste solitaire, je lui propose une excursion. Il a l'air méfiant, à croire que je vais le violer (j'ai bien le physique pour).
Des jeunes m'accostent pour me faire faire le tour de l'île en calèche. 8000 francs.
10mn plus tard, je suis sur une calèche, pour 3000 francs.
A 18h évidemment, toujours personne pour mon excursion.
"Non mais faites quelque chose pour moi, il y a plein de touristes, intégrez moi à un groupe qui part d'une auberge". Elle appelle un type. Le type me propose une excursion au Djoudj (parc naturel avec pleiiiiiin d'oiseaux). 25000 francs. Bin non, et puis je veux aller à l'autre parc moi, à la langue de Barbarie. "Ah mais viens avec moi, je connais un guide qui y va demain".
Je lui suis, j'ai confiance.
Et là je tombe sur Babakar. LE guide certifié, rigolo, cultivé. Il est dans sa voiture dans la rue. Il ma propose son excursion à 25000. Il part avec un couple de Français.
Une fois que j'ai descendu mon prix à 15000, on fixe un rdv.
Mais je ne suis pas pressée, alors je reste papoter avec lui une heure. Il me parle des enfants de la rue. Leurs parents, trop pauvres, les ont envoyés chez un marabout, dans une école coranique. Alors ils apprennent à réciter le Coran sans le comprendre (évidemment, ils ne parlent pas arabe); et pendant la journée, ils vont dans la rue mendier. Des sous, à manger, quelque chose.
A midi, ils rapportent tout et partagent pour le déjeuner. Ceux qui n'ont rien sont frappés.
On les voit parfois, ceux qui n'ont rien, ils dorment dans la rue. Ils préfèrent ça à la cravache.
Je rentre à l'auberge, j'y rencontre un groupe de jeunes baroudeurs Français. Ils ont mon âge. Ils font le tour de l'Afrique en 3 ou 4 mois en vélo.
C'est drôle ces rencontres.
Le lendemain, donc.
J'arrive au rdv. Babakar n'est pas là. Je me demande encore une fois dans quoi je me suis embarquée. Mais je suis méfiante pour rien. Il arrive 20mn plus tard.
On part, avec le couple de Français, dans sa voiture.
Et au beau milieu du désert, on tombe sur une école. Paumée.
Là je comprends pourquoi pour ces gens, il est difficile de faire avaler la pilule de l'école obligatoire. Après tour, ils vivent dans des maisons en paille. Ils ont juste besoin d'avoir 3 poissons pour nourrir la smala. Alors Napoléon et Victor Hugo, finalement, à quoi ça va leur servir ?
Il y a une salle de classe. Et deux annexes en paille. Au milieu du sable et des buissons. La carte du Sénégal est dessinée à la main. Ils sont presque pieds nus, ils ont un vieux cahier et un crayon.
Et moi j'ai un appareil photo SONY 8 millions de pixels.
Et je les prends en photo, comme si j'étais au zoo.
Et je les affiche sur un blog.
Autre culture...
lundi 2 mars 2009
La première épopée
Après une journée calme (dimanche 15 février) dans la grande maison jaune et orange, je me décide à partir au large, sac sur le dos, guide à la main.
Le grand inconnu.
Lundi, 5h45, mon réveil sonne. Discrètement je m'habille, j'avale un bol de céréales, j'ouvre silencieusement la porte de la grande maison jaune et orange. Il fait nuit, un peu frais. A moi l'aventure.
La veille, on avait cherché sur Internet comment se rendre à St Louis (histoire de savoir quand même où aller...). Je prends un taxi jusqu'à la "gare des pompiers".
Et je me retrouve à la "gare routière". Je mets des guillemets parce qu'en fait, c'est un énoooorme terrain vague avec plein de voitures dedans. On aurait dit une décharge de voitures. Sauf que les ordures en question, il faut bien que je m'y résigne, ça va être mon moyen de transport. Un type vient me voir "tu vas à St Louis ?" "euh, oui" "viens par là". Vlan, me voilà 5° membre d'un taxi 7 places. On attend qu'il finisse de se remplir avant de partir. Et en attendant, je papote, à 6h20, avec les gens. 2 gars me demandent en mariage, un 3° me glisse son numéro.
No comment.
Je suis assise sur la banquette de toute derrière, au milieu, les genoux repliés sur ladite banquette car il n'y pas d'autre place.
4h plus tard, j'ai très mal aux fesses. Mais je suis à St Louis, au Nord du Sénégal.
En fait non, je ne suis pas encore à St Louis, je suis sur le continent. St Louis est une île juste en face. Enfin, me dégourdir les pâtes...
Je descends du taxi, avec ma tronche de blanche très blanche, mes habits occidentaux que je troquerais volontiers contre un boubou, et mon sac à dos rouge. Je suis assaillie "taxi jusqu'à St Louis ?" "NOOOOOON, je vais MARCHER" "mais c'est loin, viens dans mon taxi" "non, je veux marcher, jmen fous, j'ai les fesses en compote".
Haha.
En fait, j'ai marché 45mn. Je croyais que l'île, c'était tout près.
Pendant ma longue marche, je traverse un village extrêmement pauvre. Sur le sable qui borde la bitume, des femmes, vieilles, vendent des fruits et légumes anorexiques recouverts de mouches. Les enfants se baladent pieds nus, la morve au nez. Ca pue.
Et là, grand sentiment de vide.
Que fous-je ici ?
Mais qu'est ce que je suis venue faire ???
Il y avait pourtant, pour bien moins cher, des séjours à Malte tout compris, hôtel 3*, vol, demi pension. J'aurais dû y aller, j'aurais dû, j'aurais dû.
Les larmes montent presque. J'avance sans savoir où je vais, sans savoir où je vais dormir. Tout est moche. Mais... mais merde.
Et puis tout à coup, une petite fille, 3 ou 4 ans, le visage tout crado, me regarde et me dit, avec un énorme sourire "bonjour".
Je réponds avec un sourire encore plus grand.
...
Je suis touchée.
Et là, une larmichette coule. En fait, je sais pourquoi je suis venue au Sénégal et pas à Malte. Parce que l'hôtel 3*, ce n'est pas moi. Malte, les plages, la mer transparente, ce n'est pas moi. Les touristes arrogants avec des lunettes de soleil plus grosses que leur visage et des sacs à mains dernier cri, ce n'est pas moi.
Moi c'est plutôt le brouillon, l'aventure. L'inconnu. Et les sourires des enfants qui n'ont rien d'autre à offrir que leur salutation.
Voilà pourquoi je suis là, au Sénégal.
jeudi 26 février 2009
Le Sénégal des touristes
L'aventure africaine commence calmement par une journée sur l'île de Gorée avec Hélène, Frédéric, Ariane et Louane, mes hôtes. Ariane, que je gardais à Tokyo, est devenue presque aussi grande que moi (oui, elle a neuf ans). C'est tout bizarre de la revoir au réveil !
Gorée, c'est le Sénégal facile, le Sénégal des touristes. C'est aussi un lieu chargé d'histoire, ça a longtemps été un lieu important dans la traite des esclaves : ils partaient de là vers l'Amérique. M'enfin c'est surtout un lieu de mémoire symbolique car l'acheminement vers le Nouveau Monde avait lieu partout sur la côte.
On y passe un bon moment, on y croise mille vendeurs de bijoux à la sauvette, on y visite la maison des esclaves, on y observe la mer. J'achète deux petits tableaux (pour mon futur chez moi car un jour j'aurai un chez moi).
C'est au large de Dakar, on a pourtant l'impression d'en être très loin. Tout est coloré.
Un mode de vie à apprivoiser pour la Parisienne toujours pressée. Ici tout est plus alangui, de toute évidence.
mardi 24 février 2009
Back to... "reality" ?
Date fatidique du (non moins fatidique) retour : lundi 23 février. Heure : 6h30.
Date fatidique du (non moins fatidique) retour au travail : lundi 23 février. Heure : 10h.
Nombre d'heures de sommeil du vol Dakar-Paris 23h35-06h : 1.
Efficacité au Grenier à Pain le lundi 23 février : quasi nulle.
Je suis donc rentrée. Le visage enclowné (front marron et beige, nez rouge foncé et rouge plus clair), la valise pleine d'objets divers, et la tête pleine d'images. Alors que je m'étais habituée au rythme alangui de ce peuple qui prend toujours son temps, je suis vite vite retournée à la boulangerie. (Et là, on peut tous ensemble remercier publiquement sur ce blog Mr Boss pour sa miséricorde devant mon extrême lenteur: Merci).
La veille dans un vieux bus aux portes qui ne ferment pas, entassée au milieu des Sénégalais pleins de couleurs, le lendemain dans la laguna noire somptueuse. Confortable. Presque trop.
C'est qu'ici, on ne sent pas les trous dans la route sur le chemin.
Normal, il n y a pas de trous dans la route.
Alors oui, je vous raconterai ce voyage en images. Les jours qui viendront...
A bientôt, fidèles amis.
vendredi 13 février 2009
Vacances
Trêve des confiseurs
Je pars une semaine au Sénégal !
Amis Parisiens, amies Parisiennes, mais surtout, amis fins gastronomes, c'est à vous que je m'adresse, pour vous donner une adresse (cette figure de style a un nom, je le sais, je le sais, quand on emploie un mot avec deux sens................. une syllepse, OUF, mon cerveau est bien là [ah quoique même pas, la syllepse, on ne répète pas le mot, mais on suggère ses deux significations quand même non ? couicbrouuuuuuuuuuuuuumgniiiiiiiiiii [bruit de mes fonctionnements cérébraux]])
BREF
Une adresse de restaurant, excellent, dans le 1er, entre Concorde et Tuileries :
L'Ardoise
28 rue du Mont Thabor
Petit restaurant au décor simple (et aux serviettes à carreaux bleus et blancs qui rappellent si vivement les colonies de vacances et la soupe du soir). Le menu se résume à une grande ardoise qui change chaque jour selon le marché. Pas de menu fixe ici !
Malgré l'apparente rusticité du lieu, les plats sont succulents, raffinés, et très joliment présentés
Citons en vrac
-tartare de thon au gingembre et basilic
-filet de bar sur pissaladière
-terrine de boeuf/foie gras
-écrasé de pommes de terre aux bulots
-mille feuille sur pâte à filo et ses petites boules de chocolat et de pistache
...
Moi je dis, ça vaut le détour.
Après, vous me croyez,
ou pas...
dimanche 8 février 2009
TOUS ENSEMBLE...
Si vous avez des amis qui
-ont des studios à Levallois
-cherchent à se loger proche de Paris avec un(e) ou des colocs
FAITES MOI SIGNE !!!
Je suis preneuse, sinon je ne vais pas tarder à faire une crise de nerfs.
Ah, et j'oubliais de préciser, je suis une coloc idéale.
(Mais je n'aime ni la fumée, ni les animaux)
jeudi 5 février 2009
Silence
Je reviendrai bientôt
En attendant, un peu de Supervielle
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.
samedi 31 janvier 2009
Jeudi noir (de rose)
Pardon :
THE grève. The big one.
Le matin, je pars prendre mon métro aux environs de 7h50. Pas grand monde. Au bout d'une minute, lé métro ligne 1 arrive. Le wagon est presque vide, je m'assoie. 15mn plus tard, Châtelet.
Le processus quotidien revient : marcher vite, tête baissée, dévaler les centaines de marches qui m'emmènent jusqu'aux entrailles des sous-sols parisiens. Jeter le Matin Plus dans la poubelle jaune destinée à cet effet. Continuer à dévaler les marches pour arriver à l'ultra moderne quai de la ligne 14... qui arrive quelques secondes plus tard. Pour une fois, j'y ai une place assise.
Pensez bien, un tel jour, personne ne s'est risqué à sortir. Pourquoi aller travailler ?!!
Au final, je suis arrivée comme d'habitude, en 30mn à l'école (certes, j'habite sur les lignes les moins touchées par la grève, mais tout de même, personne n'a eu de problème à l'EBP).
Les cours commencent : ultime bonheur. Outre moi, il n'y a que deux boulangers. Sinon, ce sont les pâtissiers.
J'ai l'impression de me retrouver comme avant : en classe, il n'y a pas (trop) de bruit, on écoute Gilbert [le prof de Connaissances de l'environnement économique, juridique et social, nom bien pompeux pour ce que l'on y apprend] qui refuse de nous faire cours (sinon les pauvres boulangers devront rattraper, donc quand même, il ne faudrait pas commencer quelque chose de nouveau. Alors exercices : les prix augmentent de 0,3% en août. Question 1 : comment s'appelle le phénomène de la hausse des prix ? [euh, euh....... BIIIIIIIIIIP, l'inflation]. Question 2 : exprimer en pourcentage la hausse des prix en août. Soupir. Cerveau en fonte libre). Je m'assois à côté de Sonia the pâtissière aux boucles d'enfer. Et là, les fous rires s'enchaînent.
A la fin de la journée, je me sens bien. Enfin une journée sans les réflexions éternellement débiles et/ou provocantes de mes (débiles de) camarades de classe; enfin une journée sans leurs écouteurs de MP3 qui chantent plus fort que la voix du prof; enfin une journée sans leur artificiel accent de cités qui bourdonne dans les oreilles.
Impression d'avoir passé une journée d'étudiante normale.
Je rentre chez moi,
Et je me dis qu'une école de boulangerie sans boulangers, c'est le must.
mercredi 28 janvier 2009
Suffragettes
Jamais.
Au contraire, je trouve ça plutôt chouette d'élever ses enfants et de faire le dîner pendant que Monsieur va au travail s'enquiquiner toute la journée et respecter les ordres de sa hiérarchie.
Mais alors depuis que je travaille en boulangerie, je ressens parfois certaines différences de traitement parce que je suis une fille. Et ça m'énerve, mais ça m'énerve...
Et ça me rend féministe.
Oui, il y a bien du misogynisme. Et ça me pèse.
Surtout quand ça vient de mon prof. Quelqu'un avec qui on est censé passer la moitié de la semaine (je dis "censé" parce qu'il passe plus de temps hors du fournil à papoter) et qui a du mal, je crois, à accepter ma présence dans la troupe. Il ne verra jamais mes efforts.
C'est désagréable d'être rangée dans une case qu'on ne pourra pas quitter.
...
et peu m'importe s'il me lit. Peut-être que ça fera changer (un peu) les choses.
samedi 24 janvier 2009
Ressusciter le blog
Alors il y a ceux qui n'aiment pas lire et qui veulent des images (ie des pâtissiers flemmards)
Il y a ceux qui veulent des anecdotes du quotidien d'une boulangerie
Ceux qui veulent des extraits de vie
Et la panification dans tout ça ?
Peu vous chaut de connaître l'action de la levure sur les chaînes d'amidon hein ? Tout le monde s'en fout de ça.
Soit.
***
Ma grande découverte de cette quinzaine, ça a été le prix de la farine.
Dans les boulangeries, le prix du pain augmente, et il est souvent répondu aux clients qui se plaignent "mais ma pôv dame, c'est que la farine, bin elle nous coûte bien cher". Et les clients de ne jamais croire - j'en faisais évidemment partie jusqu'à juillet dernier (loin de moi l'idée de me déculpabiliser).
Au fournil, la farine, il y en a partout. Dans le silo, dans les sacs, en pâtisserie, dans les petites bassinnettes pour fleurer les plans de travail, près du four pour "soupoudrer" les baguettes paysannes, dans le repose pâton, dans la pelle, partout. Et chaque fois que l'on passe le balai, c'est encore 200-300-500g de farine que l'on jette.
Autant dire que la farine, je ne m'en souciais pas, jusque là. Pour moi, le Grenier à Pain, c'était la corne d'abondance de la farine. Et les livreurs venaient. Et les sacs s'empilaient. Se vidaient. Se transformaient en pâte. En pains.
Jusqu'au jour où...
Un mercredi - un jeudi ?, 5h30 du matin, la livraison de farine arriva. Les monsieurs grands forts et musclés entrèrent (d'un pas lourd) avec des sacs de 25kg sur l'épaule (j'ai bien dit des sacs, parce que porter un seul sac, c'est pas drôle). Déposèrent tout brutalement sous l'escalier. Puis avec le tuyau magique, remplirent le silo (12 quintaux, eh oui) (un jour je filmerai ça quand même, parce que c'est assez bluffant : un gros tuyau dans lequel passent tous ces kilos de farine et qui bouge dans tous les sens comme un python massacreur. Il me renverserait si je ne le surveillais pas de près. Mais héhé, moi vivante, ce lascar n'aura pas ma peau).
Bref, on remplit le silo, donc. Puis on doit signer le papier. Enfin, la facture quoi.
Et là je jette un oeil - furtif et délicat. Et comme le loup dans Tex Avery, mon oeil - furtif et délicat - se détache violemment de mon orbite. QUOI ? c'est ça le prix de la farine dans une boulangerie ? Oh my god. Je ne dévoilerai rien sur Internet, je tiens au secret professionnel, mais franchement, ça coûte beaucoup plus que ce que je ne pensais. Alors certes, c'est de la farine de tradition française (sans additif, ni conservateur, vous connaissez la chanson - you know the song je dirais), mais quand même.
Maintenant, quand je fleure le plan de travail, je fais un peu plus gaffe quand même.
Y a d'autres poudres blanches bien plus nocives que certains sont prêts à payer très cher. Alors la baguette, 1,10 euros, bin je comprends.
La qualité mes bons seigneurs, la qualité.
mercredi 21 janvier 2009
Un siècle plus tôt
Le temps où pas une minute de libre n'était libre, parce qu'elle était envahie de la mauvaise conscience. L'état d'esprit qui traque le khâgneux pendant un an, puis deux, puis (noooooon, pas trois ! savoir s'arrêter avant...).
Il y a ceux qui deviennent des bêtes à concours sans autre pensée. Ceux là finalement ne connaissent pas la mauvaise conscience, puisqu'ils n'ont pas la fameuse minute de libre dans laquelle ladite mauvaise conscience vient se nicher.
Et ceux qui vivent ces années comme un "enrichissement personnel tant au niveau humain qu'intellectuel" (tout est une question de persuasion persuasive)
Choisir sa case.
Mais réviser le concours, quand même. Parce qu'il faut bien faire semblant.



Les virtuoses. On ne les présente plus (!)
To come back or not to come back ?
J'ai peur qu'elle manifeste.
(j'ai peur qu'elle ne manifeste. J'oublie mes bonnes habitudes cette année de fonte de cerveau)
Alors pour Laure (et surtout contre son idée de manifestation [Laure, elle sait que je suis contre la manif, on en parlait autour de la tisane à Coniston Road (rhâ, Coventry, son ciel gris, ses briques rouges, son herbe verte - et son bus 12, surtout)]), pour Laure, je disais, donc, [mais pour vous autres également, commentateurs bénis], je vais peut-être m'y remettre.
On a tenté de me démotiver cette semaine. Je sais qu'il ne faut pas écouter. Continuer à avancer, comme une brute. Mais parfois, c'est dur de faire abstraction de tout.
Alors quand tout l'enthousiasme sera revenu, je re-posterai.
Pour finir sur ma voisine Laure, l'année dernière, elle se moquait de son coloc allemand (l'animal était moquable, on s'en souvient tous) qui faisait son propre pain. Eh bien moi je dis, il était visionnaire le Gunther.
mardi 13 janvier 2009
Blog en deuil
-Certains sont agacés de ne voir que des articles en rapport avec la boulangerie
-José croit que je le critique en ligne (alors que je ne parle pas de lui dans mes posts)
Alors voilà, ça m'enlève un peu mon enthousiasme.
Si vous voulez avoir des infos sur la panification, il y a pleins d'articles sur internet. Je suis loin d'être la seule qui aime raconter la fabrication du produit roi.
samedi 3 janvier 2009
Musique
(oui, j'ai changé mes draps, mais surtout :)
j'ai ressorti mon bon vieux violon.
Quand j'ai ouvert la boîte, la corde sol était détendue, il y avait un peu de poussière, mais il était toujours aussi beau.
J'ai essayé de remettre les notes en place. Je l'ai glissé sous mon cou, j'ai pris mon archet.
La souplesse des doigts a ... disparu... Le concerto de Viotti du concours de fin de 2nd cycle, aïe !
Alors je tente plus facile, je prends un Bach, un concerto, une gigue, non, c'est moche. Y a pas à dire, quand on arrête pendant plus d'un an, il ne faut pas s'attendre à des miracles.
Pour me consoler (ou pas), je me contente d'écouter le concerto pour 2 violons en ré mineur. Je me souviens de la petite salle du conservatoire où on jouait le 2° mouvement avec Pauline. Et Armelle de crier "Marie-Christine, c'est FAUUUX".
Et cachés dans une salle perdue au sous sol du lycée, on avait tenté le premier mouvement avec Warren.
Vlà du temps passé.
Tssss.
Allez, en souvenir, je vous renvoie à l'article du petit film de l'orchestre de la fac à Warwick
http://mcaractingi.blogspot.com/2008/03/string-orchestra-part-ii.html
Le regret de la terre
Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose,
Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs,
Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l'air
Et lorsque le pas de l'ami s'avançait nous le savions,
Nous ramassions aussi bien une fleur qu'un caillou poli,
Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,
Ah ! C'est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant."
Le four...
Bin oui.
Comment ça c'est logique ?
Moi aussi ça me semble logique
- maintenant que j'ai fait la connerie d'enfourner des fougasses dans un four éteint :)
C'est ça, riez.
Je msentais bien bête. Parce que pour la première fois, j'ai vu la boulange sans pain, pendant 40mn, le temps que le four rechauffe et que les baguettes fraîchement façonnées y cuisent.
lundi 29 décembre 2008
Ponge
Je ne pouvais pas partager autre chose que le célébrissime Pain de Ponge.
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.
dimanche 21 décembre 2008
Le chocopain...

... ou de l'importance des matières premières.
Quand je donnais des cours de français aux enfants d'Anne, rue de la Convention, j'étais toujours accueillie avec un petit goûter.
Un samedi, ce fut un chocopain.
Une petite boule de pain, avec quelques pépites de chocolat dedans. Ni plus, ni moins.
J'avais trouvé ça bon. Très bon. "Ça vient d'une super boulangerie, à côté, juste dans la rue Saint Charles là".
A partir de ce jour, tous les samedis, j'étais passée dans la boulangerie d'à côté, juste dans la rue Saint Charles là, m'acheter un chocopain - enfin, je ne savais pas encore que ça s'appelait comme ça. Je sortais de mes 3h de théâtre, j'enchaînais les petits cours, alors le réconfort du chocopain, c'était devenu indispensable.
Une année passe. Un été passe.
Et depuis cette année, je fais des chocopains, le matin, en même temps que les fougasses.
Mais alors il n'en reste jamais le soir à la fermeture, ça doit être bon, que je me dis.
Jusqu'à cette semaine, où un soir, il en est resté. J'en ai pris un pour goûter. "Du pain avec du chocolat", que je me disais.
Et alors là, je croque, innocemment.
Un pur délice. Un chocolat un peu fondu, un peu solide, mais très délicieux. (on pourrait en faire une pub vous savez, et croquer avec les yeux fermés)
Et je comprends soudain l'importance des matières premières :
le pain utilisé d'abord : celui de nos baguettes. Farine rétro, long pétrissage, saveurs maximales
le CHOCOLAT ensuite : the famous Michel Cluizel (clic). Chocolatier hors pair il faut croire.
Il ne suffit pas de glisser dans une vulgaire pâte de vulgaires pépites Milka. Les matières premières, c'est capital.
Michel Cluizel, on le vend en tablettes aussi, au Grenier à Pain. Et il y en a une à 99% de cacao. Je ne vais pas tarder à l'acheter.
Quant au chocopain de ma rue Saint Charles, celui du samedi, du théâtre, et des cours particuliers, j'ai découvert cette année qu'il venait ... d'un Grenier à Pain.
Tradition et qualité.
Ce n'est pas un hasard.
vendredi 19 décembre 2008
Les clients
Moi j'aime bien dire aux clients ce qu'il y a dans les pains quand ils demandent, - et en plus ça leur montre qu'au Grenier à Pain, on masterise the panification.
Quand je suis de l'aprem, et que vers 19h15-20-30 ou 40 on a défourné les dernières baguettes, j'aime bien aller faire un peu de vente.
Laissez-moi vous conter Mme Sans Gêne d'hier soir.
Vers 19h45, on se dit qu'on ne remettra pas le plateau de réductions sucrées le lendemain (celui là même qui est en photo dans l'article précédent). On en fait donc déguster un peu aux clients. Et Mme Sans Gêne de prendre un macaron, puis un second, et d'oser dire ensuite "je peux en prendre un autre, parce que celui là est cassé ?"
Et là j'ai compris pourquoi les vendeuses n'aimaient pas les clients. Quand c'est comme ça toute la journée, ça doit être un brin (un gros brin) lourd.
mercredi 17 décembre 2008
Just for Christmas
Plateau de 25 réductions sucrées : éclairs choco, éclairs cafés, macarons, tartelettes citron, tartelettes chocolat
La Feuilletine : biscuit chocolat, praliné craquant, biscuit amandes, mousse chocolat
La top master (alias bûche agrumes) : biscuit pistache, mousse agrumes, crémeux citron. Un régal.
L'hivernale (elle s'appelle juste bûche marron en fait) : biscuit marron, crème légère aux marrons, coulis framboise. Jamais encore goûté mais elle m'a l'air top du top).
La Caroline, the famous : choux garnis (comprendre "éclairs) à la praline, mousse au chocolat et au caramel, biscuit amandes.Et en salé, des pains surprises fourrés de petits sandwichs charcutiers ou poissoniers, des plateaux de réductions salées avec petits feuilletés au cheddar, au jambon/pavot, cakes aux légumes...; et euh, je crois que c'est tout.
Ah non, j'oubliais :
Les étoiles à la cannelle

(the decor is authentique, the branches de sapin are real)
Once upon a time...
mardi 16 décembre 2008
L'apprentissage du goût
Et je sens que le mien s'affine avec mon nouveau métier
Je découvre qu'un pain bien cuit est cent fois plus goûteux qu'un pain blanc. La croûte craque et a une belle couleur dorée, son goût se différencie de celui de la mie. Il est bien plus facile à croquer, plus digeste aussi. Mais les clients exigent de la "baguette pas trop cuite" ou "bien blanche". Il faudrait qu'ils en achètent une blanche et une dorée, juste une fois, pour comprendre...
Je découvre différents mariages de saveurs... qui font mes petits plaisirs
Le matin, j'aime les tranches de pain au levain à base de farine semi complète - ou complète. J'y étale du petit suisse ou de la brousse avec des tranches de tomate. C'est tout bonnement divin.
A midi, j'aime le pain aux graines pour accompagner les saveurs du repas. La baguette blanche à laquelle on a ajouté un mélange de graines gonflées dans l'eau pendant 24h, ou le pain aux céréales tranché, composé de 6 farines issues de différentes céréales. Le pain aux graines de lin, fait à base de farine bise a une saveur encore plus particulière car les graines ont été grillées et surtout, car une partie de la pétrissée a pré-fermenté 6h environ, en permettant un développement d'arômes délicats et une mie aux alvéoles prononcées.
Le pain à la châtaigne et son petit goût d'Ardèche, tranché et grillé au goûter se laisse croquer nature. Ou à peine trempé dans un bol de lait.
Le soir, j'aime la baguette rétro. Elle a du goût. Elle est fraîche car elle est sortie du four à peine une heure avant. Elle accompagne si bien le fromage. Elle est légère, aérienne. Nature, au pavot ou au sésame, elle se laisse dévorer presque entière à l'heure du dîner (on laisse toujours le quignon pour la bonne conscience : "non, je n'ai pas mangé une baguette entière, il en reste un peu").
En guise de grignotage au cours de la journée, il y a les pains qui ont des goûts : le pain de seigle au citron. Le seigle, le levain et le citron lui donnent un goût tel que c'est un crime à mes yeux d'y poser la moindre tranche de jambon ou de fromage. Une petite confiture amère, à la limite (la rhubarbe au thé vert du Japon de la Maison des thé, par exemple).
Le pain mendiant et ses 7 fruits secs (pruneaux, abricots, figues, noix, noisettes, pistaches, oranges confites) peut à lui seul faire office de dessert, évidemment - ou de petit déjeuner pour ceux qui aiment les saveurs sucrées en début de journée.
Les mille et une saveurs du pain... Les mille et un mariages du pain.
A son origine, des champs de blé.
dimanche 14 décembre 2008
Ma lettre
Cette année, je n'ai pas été très sage, je n'en ai fait qu'à ma tête en n'écoutant que moi. Tout a été chamboulé dans ma petite vie, mais j'ai l'impression en fait que ce sont simplement mes vieux rêves et ma vocation première qui sont remontés à la surface. Alors je vais quand même faire ma liste.
Je voudrais
-grandir de 8 cm (10 ce serait trop demander, et 5 c'est top peu)
-être capable d'être en pleine forme avec seulement 4h de sommeil
-m'acheter un appartement
Je ne demande que trois choses, Père Noël, alors sois sympa.
vendredi 12 décembre 2008
Le rythme
Et c'est terrible ça,
J'ai l'impression que je ne serais jamais assez rapide, que je progresse, mais bien trop doucement.
Il y a des secondes perdues que je ne pourrais jamais éliminer (ie déplacer le tabouret à chaque fois que je veux débrancher le batteur pour brancher le petit pétrin car la prise est trop haute; poser la baguette la plus à droite du tapis du four car j'ai les bras trop courts et qu'il faut donc se déplacer...); il y a les minutes trop injustement perdues : je pèse plus lentement 15kg de farine que Damien ou José parce que je le fais à la pelle et qu'ils le font en mettant le sac de farine de 25kg sur le dos et en versant la poudre bénie dans un bac; et puis il y a les minutes sur lesquelles je peux évidemment gagner du temps mais où je m'obstine encore à être lente.
Le réflexe que l'on acquière le plus facilement, c'est le rythme des pas. On marche vite. Toujours. On grimpe vite les escaliers. On ne grimpe pas les mains vides, on prend toujours quelque chose pour éviter les déplacements inutiles. On ne redescend pas les mains vides, on se demande ce dont on aura besoin plus tard.
Et pourtant... pourtant qu'il est dur d'être rapide. Je mets 5mn à enfourner une grille de baguettes quand Damien met 20sc. 25mn à vider le pétrin quand Damien ou José mettent 8mn. Je suis lente...
Mais ce que j'ai remarqué, c'est que j'ai pris de la rapidité dans ma vie quotidienne. Chez moi, je marche vite. Je fais les choses plus vite. Et, pire que tout : les lents m'exaspèrent. Les mous, je les étriperais si je le pouvais.
Et là je réalise combien je dois, moi aussi, les exaspérer, tous ceux qui sont plus rapides que moi, qui enfournent plus vite que leur ombre, qui pétrissent et rangent 13 pâtons de croissants en 20mn.
***
J'y arriverai. Je le veux.
mercredi 10 décembre 2008
De bon matin
Heureusement, dans ce métier, le four n'est jamais loin, et pendant que d'autres claquent des dents dehors, une petite apprentie se brûle les doigts sur les baguettes qu'elle défourne lorsqu'il faut les placer très vite dans les paniers du magasin. C'est que 264°C messieurs dames, c'est chaud !
(à venir...: un article sur l'enfournage-défournage)
