lundi 2 mars 2009

La première épopée



Après une journée calme (dimanche 15 février) dans la grande maison jaune et orange, je me décide à partir au large, sac sur le dos, guide à la main.
Le grand inconnu.

Lundi, 5h45, mon réveil sonne. Discrètement je m'habille, j'avale un bol de céréales, j'ouvre silencieusement la porte de la grande maison jaune et orange. Il fait nuit, un peu frais. A moi l'aventure.

La veille, on avait cherché sur Internet comment se rendre à St Louis (histoire de savoir quand même où aller...). Je prends un taxi jusqu'à la "gare des pompiers".
Et je me retrouve à la "gare routière". Je mets des guillemets parce qu'en fait, c'est un énoooorme terrain vague avec plein de voitures dedans. On aurait dit une décharge de voitures. Sauf que les ordures en question, il faut bien que je m'y résigne, ça va être mon moyen de transport. Un type vient me voir "tu vas à St Louis ?" "euh, oui" "viens par là". Vlan, me voilà 5° membre d'un taxi 7 places. On attend qu'il finisse de se remplir avant de partir. Et en attendant, je papote, à 6h20, avec les gens. 2 gars me demandent en mariage, un 3° me glisse son numéro.
No comment.

Je suis assise sur la banquette de toute derrière, au milieu, les genoux repliés sur ladite banquette car il n'y pas d'autre place.

4h plus tard, j'ai très mal aux fesses. Mais je suis à St Louis, au Nord du Sénégal.
En fait non, je ne suis pas encore à St Louis, je suis sur le continent. St Louis est une île juste en face. Enfin, me dégourdir les pâtes...

Je descends du taxi, avec ma tronche de blanche très blanche, mes habits occidentaux que je troquerais volontiers contre un boubou, et mon sac à dos rouge. Je suis assaillie "taxi jusqu'à St Louis ?" "NOOOOOON, je vais MARCHER" "mais c'est loin, viens dans mon taxi" "non, je veux marcher, jmen fous, j'ai les fesses en compote".

Haha.


En fait, j'ai marché 45mn. Je croyais que l'île, c'était tout près.
Pendant ma longue marche, je traverse un village extrêmement pauvre. Sur le sable qui borde la bitume, des femmes, vieilles, vendent des fruits et légumes anorexiques recouverts de mouches. Les enfants se baladent pieds nus, la morve au nez. Ca pue.

Et là, grand sentiment de vide.
Que fous-je ici ?
Mais qu'est ce que je suis venue faire ???
Il y avait pourtant, pour bien moins cher, des séjours à Malte tout compris, hôtel 3*, vol, demi pension. J'aurais dû y aller, j'aurais dû, j'aurais dû.
Les larmes montent presque. J'avance sans savoir où je vais, sans savoir où je vais dormir. Tout est moche. Mais... mais merde.



Et puis tout à coup, une petite fille, 3 ou 4 ans, le visage tout crado, me regarde et me dit, avec un énorme sourire "bonjour".

Je réponds avec un sourire encore plus grand.
...
Je suis touchée.

Et là, une larmichette coule. En fait, je sais pourquoi je suis venue au Sénégal et pas à Malte. Parce que l'hôtel 3*, ce n'est pas moi. Malte, les plages, la mer transparente, ce n'est pas moi. Les touristes arrogants avec des lunettes de soleil plus grosses que leur visage et des sacs à mains dernier cri, ce n'est pas moi.
Moi c'est plutôt le brouillon, l'aventure. L'inconnu. Et les sourires des enfants qui n'ont rien d'autre à offrir que leur salutation.

Voilà pourquoi je suis là, au Sénégal.

2 commentaires:

Mathilde L a dit…

Magnifique et terriblement émouvant.
Quelle réalité...
bien d'accord pour les "pièges" à touristes.

Nicolas a dit…

Eh bien ! c'était l'aventure... Oui c'est émouvant... Tu dois donc être la première "blanche sympa" qu'ils aient vue depuis des lustres... Je raconterai mon voyage sur mon blog à mon retour (je pars demain)
gros bisous